Les reproches adressés à Indie Game : The Movie sont nombreux :
« Trop de pathos ». « Faussement représentatif du jeu vidéo indépendant », en raison de sa sélection somme toute serrée de trois softs. « Opposition des gentils (les développeurs) et des méchants (les corporations) ». Etc.
Pourtant, à y bien regarder, le documentaire nous offre un angle du jeu vidéo souvent mis de côté : l’humain.
Nous suivons ainsi quatre développeurs dans la genèse tordue et complexe de Super Meat Boy, FEZ et Braid. La sélection a du sens, puisqu’il s’agit de « gros » titres dans le monde du jeu indie, ayant chacun apporté une grosse brique à l’édifice d’une manière différente. Par leur concept, leurs graphismes, leur gameplay, leur évolution alambiquée ou bien encore leur scénario… Il est également bon de noter que chacun a vu le jour à une période différente, exposant ainsi les fondations de ce marché, cette tendance, ou tout simplement cette nouvelle place offerte à quiconque souhaitant créer ce type de logiciel interactif.
Toutefois, la question financière n’est que trop rarement vaguement évoquée. Les chiffres, quels qu’ils soient, ne forment pas le coeur du long-métrage.
Celui-ci s’applique à mettre en lumière les difficultés rencontrées par les auteurs tout au long de la période de développement, et parfois même, de (re-)re-développement, jusqu’à la publication ou presque.
On s’attache facilement à ces personnes nous gratifiant de nouvelles expériences vidéoludiques. Ils nous révèlent sans détour la raison qui les pousse, voire qui les contraint – comme si une entité supérieure ne leur permettait pas de lâcher prise – à mener à bien leur « mission ».
Et il peut paraître surprenant, au premier abord, de constater qu’il est bien plus question d’expression personnelle que d’argent, de désir de reconnaissance, d’obligation professionnelle…
Edmund McMillen & Tommy Refenes, Phil Fish et Jonathan Blow utilisent le jeu vidéo comme un peintre utilise sa toile : c’est un support d’expression, où les pinceaux sont remplacés par le code, la souris ou la palette graphique.
Manque de sommeil, peur, doutes, réflexions morbides, précarité, confrontations juridiques, exposition, appréhension… Autant de sentiments, d’émotions et d’événements balayant le cerveau et la vie des développeurs. Il devient alors quasi jouissif et apaisant d’arriver à l’instant sans doute le plus décisif : celui de la présentation aux joueurs, ainsi que la publication. Après avoir subi suées et cauchemars à leurs côtés, on se réjouit d’assister à l’engouement manifesté par la presse, les joueurs ou les éditeurs, qui poseront à l’occasion quelques légers soucis à nos compagnons. De là à parler de dualité « gentils » / « méchants », il n’y a qu’un pas que je m’abstiendrai totalement de franchir et qui, en outre, ne me semble absolument pas pertinent.

Braid fut très remarqué, notamment, grâce à sa direction artistique dénotant un univers sensible atypique.
Là où de nombreux spectateurs espéraient, ou du moins s’attendaient à un documentaire très pragmatique sur le jeu vidéo indépendant, les deux réalisateurs nous offrent 1h30 de proximité et d’intimité avec des développeurs qui restent purement humains avant toute appellation professionnelle. Par ailleurs concernant le monde du travail, on évolue parfois différement sur le terrain qu’assis derrière un bureau, le cul vissé sur une chaise. C’est pourquoi Indie Game : The Movie nous apprend peut-être bien plus par sa subjectivité qu’un documentaire lambda alternant chiffres, faits divers et interviews.
Cela n’est certes pas le documentaire qui vous renseignera le plus sur le pourquoi et le comment de la naissance du jeu vidéo indé. Néanmoins, son parti-pris audacieux, découpant à postériori les spectateurs en deux réactions distinctes, vous apprendra nombre de choses auxquelles vous n’auriez pas pensé sans ce film, et peut-être même l’essentiel : pourquoi les gens développent-ils des jeux vidéos ?
Crédit de Une : Indie Game : The Movie
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